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L’avocat au cinéma : roublard ou pugnace ?

Explorer la manière dont le cinéma représente l’avocat, c’est explorer l’idée que l’imaginaire collectif se fait de ce métier, avec ses parts de vérité et ses malentendus. De “Philadelphia” à “L’affaire OJ Simpson”, en passant par “Erin Brockovich”, découvrez comment le cinéma voit l’avocat, tantôt éloquent, tantôt ambivalent. Attention spoilers !

“Les nerfs à vifs” : la fin de l’avocat comme notable respectable

Le fait que les “Les nerfs à vif” (Martin Scorsese) (1991) égratigne l’image de l’avocat n’est pas étonnant, dans la mesure où son réalisateur est un pionnier d’un mouvement transgressif du cinéma des années 70 : le “Nouvel Hollywood”. Celui-ci, contrairement à l’époque précédente (“l’Âge d’or”, imprégné du puritanisme américain), refuse la démarcation manichéenne entre le Bien et le Mal, et lui préfère des approches plus ambigües.
C’est en ce sens que “Les nerfs à vif” dresse le portrait d’un avocat manquant de professionnalisme : il a caché un rapport qui aurait pu valoir des circonstances atténuantes à son client, il refuse de porter plainte pour cacher une relation adultérine et il a recours à des hommes de main.

Le métier d’avocat avec son dilemme entre professionnalisme et conscience – particulièrement clair dans “La firme” (Sidney Pollack) (1993) par ailleurs – était donc une occasion toute trouvée pour Martin Scorsese de dépoussiérer l’image de notable respectable que l’avocat avait sous l’Âge d’or.

“La firme”, “Erin Brockovich”, “Dark Waters”, “Philadelphia” : l’avocat, tiraillé entre son professionnalisme et sa conscience

“Erin Brockovitch, seule contre tous” (Steven Soderbegh) (2000) et “Dark Waters” (Todd Haynes) (2019) se ressemblent à de nombreux égards. Il s’agit d’abord de deux “thrillers écologiques”. Dans l’un comme l’autre, un avocat aux moyens limités se bat pour poursuivre des multinationales qui empoisonnent les eaux potables des habitants, générant malformations et cancers précoces. Plus encore, ils véhiculent la même vision de l’avocat : celle d’un avocat corseté par ses habitudes (de routine pour “Erin Brockovitch”, d’affaires juteuses dans la pétrochimie pour “Dark Waters”), que le bon sens populaire vient réveiller (avec le personnage plein de culot d’une ex-miss, ou l’indignation bruyante d’un fermier d’une contrée pauvre).
A chaque fois, ces films – auquel on pourrait ajouter “Philadelphia” (Jonathan Demme) (1994) de ce point de vue – partent d’une vision sévère de l’avocat, indifférent aux causes de ses affaires. A la Balzac d’une certaine manière, puisque celui-ci disait que les avocats sont en noir parce qu’ils portent le deuil de leurs illusions et de leurs vertus. Puis, ces films montrent qu’il peut être éveillé aux injustices et par la suite prendre de réels risques pour y remédier. Cette vision sévère de l’avocat trouve sa racine dans l’idée selon laquelle l’avocat doit chercher le “juste”.

“La défense Lincoln” : l’avocat applique t’il le droit ou cherche t’il la justice ?

“La défense Lincoln” (Brad Furman) (2011) a pour protagoniste principal un avocat original, plus détective qu’avocat, qui enquête à partir de son bureau (sa voiture) sur une affaire de meurtre. Se rendant progressivement compte que son client est le tueur, il l’acquitte, puis porte plainte contre lui. A l’occasion, le film tort le cou à l’idée selon laquelle l’avocat cautionne la loi qu’il utilise.

Contrairement à l’idée intuitive, la justice ne détermine pas ce qui est “juste” et ce qui ne l’est pas. L’avocat, comme la justice dans son ensemble, appliquent le droit en vigueur, et rien de plus. Déterminer ce qui est “juste” et ce qui ne l’est pas, relève du législateur, c’est-à-dire du Parlement, et indirectement donc, des citoyens. Un deuxième malentendu répandu est celui portant sur le “manque d’objectivité” de l’avocat, dans lequel “Peur primale” (Gregory Hoblit) (1996) verse.

“Peur primale” : la partialité de l’avocat en question

Dans une histoire semblable à “La défense Lincoln”, “Peur primale” avec son avocat médiatique, outrecuidant et prêt à tout, ne manque pas de verser dans la critique de la partialité de l’avocat. Dans l’opinion publique est aussi parfois reproché à l’avocat son “manque d’objectivité”, sa mauvaise foi, en somme sa partialité.

Cela est sans doute le cas parce que l’avocat est jugé isolément, ce qu’il ne doit pas être. Il faut le voir plus largement comme un des contributeurs d’une bonne décision de justice. Une bonne décision de justice étant rendue quand un avocat A est partial pour une partie A, un avocat B est partial pour une partie B, et qu’à partir de cela, le juge tranche. Être partial est donc son rôle. Enfin, un troisième malentendu sur le métier d’avocat consiste à croire que celui-ci défend la cause de ses clients.

“Le Pont des espions” : l’avocat défend t’il un client et/ou sa cause ?

“Le Pont des espions” (Steven Spielberg) (2015), en suivant en pleine Guerre froide l’histoire d’un avocat américain chargé de défendre un espion soviétique, pose la question suivante : l’avocat épouse t’il nécessairement la cause de son client ? L’actualité récente a pu ajouter au trouble de l’opinion publique à ce sujet. D’un côté, Maître Branco semble parfois avoir épousé la cause de ses clients. Opposé au Gouvernement et ancien candidat France Insoumise, il a souhaité également prendre la défense de Piotr Pavlenski, a défendu Jean-Luc Mélenchon et plusieurs Gilets jaunes. De l’autre côté, Maître Dupont-Moretti a dit, au moment où son client était Abdelkader Merah – le frère du terroriste, défendre des clients et non leurs causes. Une position également adoptée par Maître Vergès lors du célèbre procès du chef de la Gestapo, Klaus Barbie.
De la même manière, le film dans son dénouement soutient qu’un avocat n’épouse pas nécessairement la cause de son client. Si l’avocat américain y défend un espion soviétique, c’est qu’il considère que c’est en lui donnant un procès équitable, avec un avocat pour le défendre, qu’il rendra service aux Etats-Unis. Il permettra à son pays de ne pas enfreindre son Etat de droit et d’une certaine manière, de rester fidèle à lui-même.

“L’affaire OJ Simpson” : l’avocat à l’ère de la médiatisation des affaires

“L’affaire OJ Simpson” (2016) apporte sa lecture d’un procès souvent décrit comme le plus important du XXème siècle aux Etats-Unis, à tout le moins au regard de son impact médiatique. Il s’agit du procès d’une ex-star et idole de base-ball (noire) – OJ Simpson, équivalent d’un Zidane américain – jugé pour le meurtre de sa femme (blanche), tuée au cours d’un ébat lors d’une relation adultérine. Même si cela est fait avec subtilité, la série peut se lire comme une critique du système judiciaire américain où l’argent fait le procès. En effet, elle part du point de vue que les preuves matérielles accablent OJ Simpson. Mais, celui-ci étant fortuné, il a recours à ce qui sera ultérieurement appelé la “Dream Team”, en clair les meilleurs avocats des Etats-Unis. Ces derniers parviennent à faire oublier les preuves matérielles en jouant la “carte raciale”.
Un homme noir, dont les preuves ont été récoltées par un policier raciste, cela ne pouvait être qu’une conspiration de la police de Los Angeles. Il faut dire que le policier en question, avait déclaré des années auparavant avoir torturé des personnes noires lors d’interrogatoires, et en avoir inculpé d’autres sans motif. Dans l’Amérique des années 70, les avocats d’OJ Simpson parviendront facilement à convaincre un jury populaire à majorité noire, qu’il s’agit d’une bavure policière de plus. Et ce, même s’il était avéré qu’OJ Simpson avait l’habitude de battre violemment sa femme, même s’il serra ultérieurement condamné au civil dans cette affaire, et plus tard au pénal pour braquage. La série considère, en creux, que lorsque l’avocat politise, médiatise, émotionnalise un procès, cela ne rend pas service à la décision de justice.

Yann Heyer

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